Entretien

Le velours côtelé : bâtons, largeurs, entretien

11 min de lecture Par L'Industrie

Le velours côtelé : bâtons, largeurs, entretien

Chaque automne, la même scène en cabine. Quelqu'un enfile un velours côtelé, se regarde debout, trouve ça bien, et revient trois mois plus tard avec deux ronds clairs aux genoux. Le tissu n'est pas en cause : le velours côtelé est un tissu à poil, et le poil s'écrase là où on appuie. Ce qui se choisit, en revanche, c'est la largeur des côtes.

Comment se compte la largeur des côtes

Le chiffre qu'on lit sur les fiches techniques — 4, 8, 11, 16, 21 — s'appelle le wale. Il ne mesure pas la largeur d'un bâton. Il compte le nombre de côtes sur un pouce, soit 2,54 cm. Le rapport est donc inversé : plus le nombre est petit, plus les côtes sont larges.

Un 4 wales est un gros velours à bâtons épais. Un 21 wales est un velours presque lisse, dont les côtes se devinent plus qu'elles ne se voient. Wikipédia, sourcé, donne une plage d'usage allant de 1,5 à 21 côtes au pouce, avec un standard historique situé autour de 10 à 12.

Pour vérifier vous-même, posez une règle en travers des bâtons et comptez les côtes sur 2,5 cm. Vous obtenez le wale à une unité près. En divisant 25,4 mm par ce nombre, vous obtenez le pas d'une côte : le bâton plus son sillon, pas le bâton seul.

Ce que valent concrètement 4, 8, 11, 16 et 21 wales

Wale (côtes / pouce) Pas d'une côte Nom courant Usage habituel Tenue à l'écrasement
4 ≈ 6,4 mm Jumbo, elephant cord Vestes, pantalons d'hiver, ameublement Mauvaise : marque vite et pour de bon
8 ≈ 3,2 mm Grosse côte (wide wale) Pantalons, vestes, surchemises Moyenne
11 ≈ 2,3 mm Côte standard Le pantalon de tous les jours Bonne : le meilleur compromis
16 ≈ 1,6 mm Fine côte, babycord Chemises, vestes légères Bonne, mais le tissu est plus léger
21 ≈ 1,2 mm Needlecord, pinwale Chemises, pièces portées près du corps Très bonne : presque rien à écraser

Les pas indiqués sont un calcul simple, pas une mesure de laboratoire. Et les catégories flottent d'une source à l'autre : certaines appellent « mid-wale » du 8 à 10, d'autres du 10 à 14. Ne vous fiez pas au nom commercial, fiez-vous au chiffre. S'il n'est pas donné, comptez.

Comment c'est construit

Le velours côtelé est un velours par trame. On tisse un fond, toile ou sergé, en y ajoutant des fils de trame supplémentaires qui flottent en surface au-dessus de plusieurs fils de chaîne. Ces flottés sont ensuite coupés dans la longueur. Les fils libérés se redressent, on les brosse, et ils forment les bâtons de poil qu'on appelle les côtes.

La coupe se faisait autrefois à la main, au couteau, sur toute la longueur de la pièce. C'était un métier à part entière : Wilmslow, dans le Cheshire, en était un centre. Aujourd'hui c'est une machine, mais le principe n'a pas bougé. Le tissu est encollé pour que les fils ne glissent pas, coupé, brossé, puis flambé pour égaliser la hauteur du poil.

Conséquence directe et utile à connaître : entre deux côtes il y a un sillon où le fond du tissu est presque à nu. C'est là que le velours s'use en premier, et c'est ce contraste creux/plein qui donne au tissu son relief sous la lumière.

D'où vient le tissu, et d'où ne vient pas son nom

Fustaine, Manchester, et le nom du velours ailleurs

Le velours côtelé descend de la fustaine (fustian), une famille de tissus de coton lourd destinés au vêtement d'homme. Les sources rangent explicitement dans cette famille les étoffes coupées proches du velours : velvetine, moleskine, velours côtelé. Sa fabrication se concentrait dans les villes de la frange du bassin cotonnier du Lancashire, autour de Manchester.

De là vient un nom qui surprend les francophones. En allemand, le velours côtelé s'appelle couramment Manchester, à côté de Cord. La Wikipédia allemande cite Heine, en 1855-1856, notant déjà que cette étoffe porte le nom de la ville anglaise où on la fabriquait. En Autriche on dit Schnürlsamt. Le suédois a gardé la même logique avec manchesterbyxor pour désigner le pantalon. Le français, lui, n'a gardé qu'une description : velours à côtes.

« Corde du roi » : la légende qu'on ne répétera pas

On lit partout que le mot anglais corduroy viendrait du français « corde du roi », l'étoffe des serviteurs des chasses royales. Rien ne l'étaye. Wikipédia range l'explication parmi les fausses étymologies et précise qu'aucun document écrit ne la soutient. Les travaux d'histoire des mots ajoutent l'argument décisif : l'expression « corde du roi » n'a jamais servi, en France, à désigner ce tissu. Si le nom venait de là, on le trouverait d'abord en français. On ne l'y trouve pas.

L'hypothèse la plus sérieuse, avancée par Ernest Weekley en 1910, part de colour de roy, terme de marchands attesté au XVIe siècle pour une étoffe d'abord pourpre, puis d'un fauve soutenu — teinte qui correspond aux premiers velours côtelés. Ce n'est qu'une hypothèse, et elle n'est pas tranchée. La formulation honnête tient en une ligne : on ne sait pas d'où vient le mot.

Le sens du poil, et pourquoi il compte

Comme tous les tissus à poil, le velours côtelé a un sens. Passez la main dans la longueur des côtes : dans un sens ça accroche, dans l'autre ça glisse. La couleur change avec le sens. Poil vers le haut, le tissu paraît plus profond et plus foncé. Poil vers le bas, il paraît plus clair et il s'use mieux.

D'où la règle de coupe : tous les panneaux d'un vêtement doivent être taillés dans le même sens. Un devant coupé à l'envers du dos donne deux nuances sur le même pantalon, invisibles en magasin sous un néon, évidentes dehors en lumière rasante. Sur un vêtement bien fait, la couture de côté ne trahit aucune différence de ton. Regardez-la : c'est un meilleur contrôle de fabrication que l'étiquette.

Cela vaut aussi pour les retouches. Si on vous rallonge un ourlet ou qu'on remplace une poche, la pièce ajoutée doit suivre le sens du reste. Un tailleur qui ne connaît pas le velours peut se tromper : signalez-le.

Ce qui s'écrase, et ce qu'on peut y faire

Le point qu'on ne cache pas : le velours côtelé s'écrase aux fesses et aux genoux. Le poids du corps couche le poil, et le poil couché ne renvoie plus la lumière comme le reste. Résultat : deux ronds plus clairs aux genoux, une zone lustrée à l'assise. Sur une côte fine, la vapeur et la brosse relèvent une bonne partie du poil. Sur une grosse côte, de 4 à 6 wales, les bâtons sont hauts, ils plient à la base, et le pli ne se reprend pas. C'est irréversible.

Donc on tranche. Pour un pantalon porté au bureau, en voiture, assis la moitié de la journée, prenez du 11 wales, à la rigueur du 8. Gardez le gros velours pour ce qui ne s'assoit pas : une veste, une surchemise, une casquette. Et si vous tenez au jumbo en pantalon, achetez-le en connaissance de cause : il vieillira vite et ça se verra.

L'entretien : cinq gestes, pas dix

Geste Ce qu'on fait Pourquoi
Lavage Sur l'envers, à froid, cycle doux, sans adoucissant L'envers protège le poil du frottement du tambour ; l'adoucissant alourdit et couche les côtes
Séchage À l'air, à plat ou sur cintre. Pas de sèche-linge La chaleur rétracte le coton et abîme le poil
Repassage Jamais le fer posé sur l'endroit. Sur l'envers, fer tiède, ou vapeur sans contact Le fer écrase les côtes et laisse un lustre définitif
Entre deux lavages Brosse douce dans le sens des côtes Relève le poil et sort la poussière logée dans les sillons
Zones marquées Vapeur verticale puis brossage léger Redresse le poil couché tant qu'il n'est pas plié à la base

Le repassage mérite une phrase de plus. Un fer posé à plat sur du velours fait exactement ce que fait un genou, en pire et en une seconde : il couche le poil et le fixe à chaud. Si vous devez absolument passer un fer, retournez le vêtement, glissez une serviette éponge dessous, côtes vers le bas, et travaillez à la vapeur sans laisser le poids du fer reposer sur le tissu.

Un point sur lequel les sources se contredisent : certaines autorisent 30 °C, d'autres imposent le froid. La règle sûre est le lavage à froid, sur l'envers, essorage réduit. Vous ne perdez rien à laver moins chaud.

Ce qu'on a en boutique, et lequel prendre

Le velours traverse presque tous les rayons. Côté pantalon, le Iron and Resin Saguaro Corduroy est le plus droit, en tailles américaines, dans une logique de vêtement de travail californien — la marque, on la raconte dans notre portrait d'Iron & Resin. Le Service Works Corduroy Chef Pants joue l'inverse : coupe de pantalon de cuisine, volume ample, poches profondes. C'est le sujet de notre article sur Service Works. En version courte, le short Letcher Corduroy de Daytona73.

En haut du corps, la chemise Keystone Corduroy d'Iron and Resin et la Corduroy Chore Shirt de Service Works se portent ouvertes sur un t-shirt ou fermées seules. La veste Rambler Corduroy et le Wrangler Corduroy Aviator couvrent la mi-saison. Et pour essayer la matière sans engager un pantalon, il y a les casquettes : Service Works Service Script Cord, Lee Cord Cap, Stetson Panel Cap Corduroy.

Le conseil de cabine. Sur le velours, la taille se juge assis, pas debout. Le tissu n'a quasiment pas d'élasticité et le poil ajoute de l'épaisseur dans la cuisse et à l'assise : un pantalon parfait debout peut tirer dès que vous pliez la jambe. Asseyez-vous dans la cabine, croisez les jambes, relevez-vous. Si l'entrejambe tire ou si le genou bloque, montez d'une taille. Le même réflexe vaut pour le chino, mais le velours est nettement moins tolérant.

Questions fréquentes

Un velours 11 wales, c'est large ou fin ?

C'est la côte standard, la plus courante sur les pantalons. Onze côtes tiennent sur 2,54 cm, soit un pas d'environ 2,3 mm. C'est le meilleur compromis entre un relief visible et une bonne résistance à l'écrasement.

Peut-on rattraper un velours écrasé aux genoux ?

En partie seulement. Sur une côte fine, la vapeur verticale suivie d'un brossage doux relève une bonne part du poil. Sur une grosse côte, les bâtons plient à la base et le pli reste. Mieux vaut choisir la bonne largeur au départ que réparer ensuite.

Le mot « corduroy » vient-il de « corde du roi » ?

Rien ne le prouve. Les sources classent cette explication parmi les fausses étymologies : aucun document écrit ne l'atteste, et l'expression n'a jamais désigné ce tissu en France. L'origine réelle du mot n'est pas établie.

Faut-il repasser le velours côtelé ?

Le moins possible, et jamais le fer posé sur l'endroit. Un fer à plat couche les côtes et laisse un lustre qui ne part plus. Si c'est nécessaire, travaillez sur l'envers, fer tiède, avec une serviette éponge dessous, ou à la vapeur verticale sans contact.

Pourquoi mon velours a-t-il deux nuances différentes selon les panneaux ?

Parce que des pièces ont été coupées dans des sens de poil opposés. Le poil renvoie la lumière différemment selon son sens, donc deux panneaux inversés donnent deux tons. C'est un défaut de coupe, pas de teinture, et il ne s'estompe pas au lavage.

Venir l'essayer à Pau

Le velours se juge à la main et en s'asseyant. Passez compter les côtes sur les modèles en rayon : posez côte à côte une grosse côte et un 11 wales, la différence de relief et de tombé saute aux yeux, ce qu'aucune photo ne rend. On vous fera aussi le test de l'assise, celui qui décide vraiment de la taille. Industrie, 18 rue des Cordeliers à Pau, 05 40 03 60 97.

Les modèles en velours et le reste des coupes sont dans la collection Pantalons. Livraison : point relais Chronopost 4,90 €, offert dès 100 € ; Colissimo 7,90 €, offert dès 150 € ; retrait gratuit en boutique ; expédition sous 24 h ouvrées ; retours sous 30 jours, frais à la charge du client.