Pleine fleur, croûte, fleur corrigée : lire une étiquette de cuir
Pleine fleur, croûte, fleur corrigée : lire une étiquette de cuir
Deux blousons côte à côte, deux étiquettes qui disent « cuir », et l'un des deux pèlera au bout d'un hiver. Le mot est encadré par la loi française, mais il recouvre des matières qui n'ont ni le même coût ni la même durée de vie. Savoir comment reconnaître un cuir pleine fleur, et le séparer d'une croûte de cuir, tient à quelques mots de vocabulaire et quatre gestes.
La peau se coupe en deux, et tout se joue là
Une peau tannée est presque toujours trop épaisse pour l'usage prévu : la tannerie la refend, c'est-à-dire qu'elle la partage horizontalement en deux couches au moins. Celle du dessus porte la fleur : la face extérieure, celle qui portait les poils, avec ses pores et ses cicatrices. Ses fibres sont fines et serrées : c'est la partie qui a encaissé les ronces et la pluie. Celle du dessous, c'est la croûte de cuir : faisceaux plus gros, plus lâches, aucun pore, et pas de fleur. Pour être présentable elle doit être enduite d'un film ou grattée en velours ; dans le premier cas, ce que vous touchez n'est plus du cuir mais une finition posée dessus.
Pleine fleur, fleur corrigée, croûte, reconstitué : quatre matières
Tout tient à une question : que reste-t-il de la surface d'origine ? Le Leather Working Group définit la full grain comme un cuir ayant conservé sa fleur entière, sans qu'aucune partie de la surface n'ait été retirée par un traitement mécanique correctif ; la corrected grain, ou fleur corrigée, comme un cuir dont la fleur a été partiellement poncée puis rehaussée par une finition. Le ponçage efface les piqûres d'insectes et les traces de barbelé. Et les pores, réimprimés ensuite au gaufrage.
Le cuir reconstitué, lui, n'est plus une peau : des chutes broyées, recollées sur un support. D'après SATRA, la norme EN 15987 réserve l'appellation de panneau de fibres de cuir aux matières en contenant au moins 50 % en poids sec.
| Type de cuir | D'où il vient dans la peau | Aspect | Vieillissement | À quoi le reconnaître |
|---|---|---|---|---|
| Pleine fleur | Couche extérieure, surface intacte | Grain irrégulier, cicatrices visibles | Patine, fonce aux plis, les rayures s'estompent | Pores jamais identiques, plis fins, désordonnés |
| Fleur corrigée | Même couche, fleur poncée puis refinie | Grain régulier, surface uniforme | Ne patine pas : c'est le film qui vieillit | Motif répété, pli net, toucher plastique |
| Nubuck | Couche extérieure, fleur poncée | Velours ras, fleur devinable | Se lustre aux appuis, marque à l'eau | Poil très court, peau dense dessous |
| Croûte de cuir | Couche intérieure, par refente | Velours long et mou, ou film trop parfait | Se tasse en velours, pèle par plaques si enduite | Deux faces semblables, pas un seul pore |
| Cuir reconstitué | Chutes broyées recollées sur support | Uniforme, sans variation | Se délamine, ne se répare pas | Strates, dos tissé, odeur de colle |
Nubuck ou suède : le velours ne vient pas du même côté
Un nubuck est une fleur poncée, un suède un envers gratté. Le Leather Working Group définit le nubuck comme un cuir dont la surface a été poncée pour donner un effet velouté, le dessin de la fleur restant visible, et le suede velours comme un cuir ou une croûte dont la face d'usage a été finie mécaniquement en velours. Sous un nubuck il reste la couche dense de la peau ; sous un suède de croûte, rien d'autre. Cela se sent au pouce : le nubuck résiste, le suède se creuse.
Deux pièges. « Daim » désigne une espèce, l'usage l'a étendu à tout cuir velouté. Et le roughout est une pleine fleur montée côté chair dehors : cela ressemble à du suède, ce n'en est pas. Les vellies Jim Green en sont l'exemple chez nous.
Tannage végétal ou tannage au chrome : ce que ça change
Le tannage décide de la souplesse, de la tenue à l'eau et de la capacité à patiner. Celui au chrome utilise des sels de chrome ; SATRA estime qu'il représente 80 à 90 % du tannage mondial. Rapide, il donne un cuir souple, stable en couleur, qui supporte mieux l'humidité : la plupart des blousons et des tiges de chaussures.
Le tannage végétal utilise des tanins d'écorces et de feuilles ; le Leather Working Group le définit par un seuil, une teneur totale en métaux de tannage inférieure ou égale à 0,3 %. Le cuir en sort plus ferme, fonce à la lumière, prend une patine franche et se moule à l'usage : c'est le tannage des semelles et des ceintures. Il craint l'eau, qui laisse des auréoles nettes.
Lequel est le plus propre ? Nous ne trancherons pas : le végétal consomme beaucoup d'eau, et un chrome mené en tannerie contrôlée n'est pas le désastre qu'on décrit.
Ce que le décret de 2010 vous autorise à lire sur l'étiquette
En France, le mot « cuir » est protégé, mais moins que vous ne le croyez. Le décret n° 2010-29 du 8 janvier 2010, pris pour l'application de l'article L. 214-1 du code de la consommation et complété par l'arrêté du 8 février 2010, réserve le terme à la matière obtenue de la peau animale au moyen, notamment, d'un tannage conservant la structure naturelle des fibres. Il impose de nommer « croûte de cuir » ce qui en est, et interdit « façon cuir », « simili-cuir » ou « imitation cuir » pour autre chose que de la peau tannée. Selon la DGCCRF, l'étiquette doit porter la matière, l'identité du fabricant ou du distributeur, l'espèce animale et le type de finition. Une réponse ministérielle au Sénat rappelait en 2017 que l'emploi abusif du mot relève de la tromperie.
Les chaussures ne relèvent pas de ce décret
La DGCCRF précise que les articles chaussants en sont exclus : ils dépendent du décret n° 96-477 du 30 mai 1996, transposant la directive 94/11/CE. L'étiquette y devient un jeu de pictogrammes sur trois zones (tige, doublure et semelle de propreté, semelle extérieure) et quatre catégories : cuir, cuir enduit, textile, autres matériaux. Le « cuir enduit » a une enduction supérieure à 0,15 mm sans dépasser le tiers de l'épaisseur totale. Surtout, une matière n'est signalée que si elle couvre 80 % de la surface : un cinquième de la tige peut être autre chose sans que rien ne l'indique.
« Pleine fleur » n'est pas un label de qualité
C'est le point que nous répétons le plus souvent, et il dérange. Une pleine fleur fine, mal tannée, issue d'une peau médiocre, vaut moins qu'une fleur corrigée épaisse et bien finie. La mention dit d'où vient la couche, pas comment elle a été travaillée.
De même, « cuir véritable » ne dit rien d'autre que « ce n'est pas du synthétique ». Aucune échelle officielle ne range full grain, puis top grain, puis genuine leather : cette pyramide est une invention de fiches produit. Top grain est d'ailleurs ambigu : la couche haute issue de la refente en langage technique, une fleur poncée en marketing.
Beaucoup d'étiquettes sont donc légales et délibérément vagues : celle qui ne dit que « cuir » respecte la loi et ne vous apprend rien. Ajoutez que la pleine fleur marque, part raide et prend l'auréole, et le choix cesse d'être automatique. Sur une botte portée dans le sel de novembre à mars, une fleur corrigée bien pigmentée tient mieux : le film se rince là où la fleur nue s'auréole. Voir notre comparatif des cuirs de blouson.
Comment reconnaître un cuir pleine fleur en boutique : quatre gestes
Le seul test qui sépare une pleine fleur d'une fleur corrigée est le pli ; les trois autres écartent le reste.
- Le pli. Posez la pièce sur le dos de la main et poussez avec le pouce. Une pleine fleur répond par une grappe de plis fins, courts, irréguliers, qui se défont dès que vous relâchez : les fibres bougent. Une fleur corrigée fait un pli unique et net, comme une pliure de carton souple : c'est le film qui plie. Sur une chaussure, faites-le au coup de pied.
- Les pores, dans la lumière du jour. Un grain naturel ne se répète jamais. La lumière de cabine ment : sous un néon frontal, un gaufrage passe pour naturel. Approchez la pièce de la vitrine, tournez-la de biais dans le jour rasant, le motif saute aux yeux.
- La tranche. Cherchez un chant non peint : passant de ceinture, languette, arrière de bandoulière. Une pleine fleur montre une ligne sombre et dense en surface, des fibres claires dessous. Une croûte montre une masse homogène. Un reconstitué montre des strates, souvent un tissage au dos.
- L'odeur et l'envers. Un cuir peu fini sent la terre ; une odeur de solvant signale une finition lourde, qui ne patinera pas. Regardez sous la doublure quand l'ourlet le permet : personne ne finit ce qui ne se voit pas.
Ces contrôles valent tels quels pour une ceinture en cuir, dont la tranche est visible sur toute la longueur. Ensuite, l'entretien dépend de la finition : notre guide d'entretien des chaussures en cuir sépare fleur nue et cuir pigmenté.
Questions fréquentes
Comment reconnaître un cuir pleine fleur ?
Pliez-le sur le dos de la main : une pleine fleur fait une grappe de plis fins et irréguliers, une fleur corrigée un pli unique et net. Vérifiez ensuite que le grain ne se répète pas, et cherchez une tranche non peinte.
Quelle est la différence entre pleine fleur et croûte de cuir ?
La pleine fleur est la couche extérieure de la peau, surface d'origine et pores intacts. La croûte est la couche intérieure, obtenue par refente : elle n'a pas de fleur. La première patine, la seconde doit être enduite ou grattée en velours.
La croûte de cuir est-elle du vrai cuir ?
Oui. C'est de la peau animale tannée, et le droit français lui réserve la dénomination « croûte de cuir ». Ce n'est pas du cuir reconstitué. Mais elle n'a pas de fleur et ne patinera pas.
« Cuir véritable » est-il un gage de qualité ?
Non. La mention signifie seulement que la matière n'est pas synthétique. Elle reste compatible avec un cuir fortement poncé et enduit, ou avec une croûte.
Quelle est la différence entre nubuck et suède ?
Le nubuck est une fleur poncée en surface : poil très court, couche dense conservée dessous. Le suède, ou croûte velours, est un envers gratté, souvent sur une croûte : poil plus long, matière qui se tasse plus vite.
Venez avec la pièce qui vous fait douter
Un cuir se juge en main, pas sur une photo. Si vous hésitez sur un blouson, un sac ou une paire achetée ailleurs, apportez-la : nous regardons la tranche, le pli et les pores avec vous, et nous vous dirons ce que c'est, même quand ce n'est pas ce que dit l'étiquette. Nous sommes au 18 rue des Cordeliers à Pau, au 05 40 03 60 97.
Nos pièces en cuir sont surtout dans la collection chaussures. Point relais Chronopost 4,90 €, offert dès 100 € ; Colissimo 7,90 €, offert dès 150 € ; retrait gratuit en boutique ; expédition sous 24 h ouvrées ; retours sous 30 jours, frais à la charge du client.