Cuir

Le blouson aviateur : A-2, B-3, MA-1

9 min de lecture Par L'Industrie

Le blouson aviateur : A-2, B-3, MA-1

Un client demande « un blouson aviateur » en désignant un nylon noir à col côtelé. Le lendemain, un autre demande la même chose et pointe un mouton retourné énorme. Les deux ont raison. Le mot recouvre quatre familles, séparées par vingt ans et trois matières.

1931 : l'A-2, la matrice

L'US Army Air Corps adopte le Type A-2 comme dotation standard le 9 mai 1931, spécification 94-3040. Cuir de cheval à l'origine. La vachette est approuvée le 17 juillet 1940, la chèvre le 10 mars 1941 : la guerre oblige à élargir l'approvisionnement. Doublure coton. Ces trois cuirs ne vieillissent pas pareil, nous l'avons détaillé dans notre article sur les cuirs de blouson.

Trois détails font l'A-2. Un col chemise en cuir, tenu par des pressions cachées aux pointes et un crochet à la gorge. Une fermeture éclair doublée d'une patte anti-vent à pressions dissimulées. Deux poches plaquées à rabat, et rien d'autre : un aviateur porte des gants.

La spécification est abandonnée le 26 février 1951, puis l'A-2 réintroduit pour l'US Air Force le 18 septembre 1987. Le seul blouson de vol américain ressuscité par décision administrative.

Le B-3 : du mouton contre −50 °C

Le B-3 répond à un problème de physique. Les bombardiers ne sont pas pressurisés et volent haut : les raids se déroulent à 25 000 pieds au moins, soit 7 600 mètres, où l'air descend à −50 °C. Aucun cuir doublé coton ne tient à ça. Le B-3 est une peau lainée : laine à l'intérieur, corps très court, volume énorme, sangle au col.

Sur la date, nous restons prudents. On lit 1934 partout, sans que nous ayons pu le confirmer sur une source primaire ou muséale. Ce qui est documenté, c'est l'antériorité de la formule : Leslie Irvin fabrique le blouson de vol en peau lainée dès les années 1920, installe sa production au Royaume-Uni en 1926 et devient le fournisseur principal de la RAF.

La Navy à part : du M-422 au G-1

L'US Navy ne porte pas l'A-2. Sa lignée est documentée, spécification par spécification.

  • M-422, 28 mars 1940 : chèvre tannée au chrome brun chocolat, col mouton, dos bi-swing, doublure rayonne.
  • M-422a, 1er octobre 1940, amendé le 7 décembre : manches rallongées.
  • AN-J-3, 15 avril 1943 : spécification commune Armée-Marine, jamais approvisionnée, faute de cuir.
  • AN-J-3a, 5 octobre 1943 : premier blouson appelé « G-1 », en interne, dans un document du US Aeronautical Board.
  • 55-J-14, 10 mai 1949 : le premier à porter « G-1 Flight Jacket » sur l'étiquette.
  • MIL-J-7823, 21 novembre 1951 : la spécification moderne, aujourd'hui MIL-DTL-7823F.

Le col fourrure du G-1 n'est pas un ornement : du mouton, monté pour protéger la nuque sur un pont d'envol balayé. Le G-1 reste le seul de la famille encore fabriqué sous spécification militaire vivante. Top Gun, en 1986, a fait le reste.

Le nylon change tout : B-15, puis MA-1

Le nylon existe avant la guerre — les parachutes en sont faits — mais n'entre dans l'habillement de vol qu'après 1945. Le B-15 est la charnière : d'abord en coton, puis repris sur le même patron en nylon. Il garde un col fourrure, et c'est lui qui pose problème : il gêne les sangles, harnais et masque compris. Sur le MA-1, développé dans les années 1950, il cède la place à un col en côtes tricotées.

Alpha Industries remporte le contrat en 1963. La couleur est le sage green, déjà celle de la série B-15D, retenue parce qu'elle se confond avec le terrain au sol. Dernières révisions en 1988 et 1990 ; les équipages passent ensuite aux CWU-36/P et CWU-45/P, en Nomex ignifugé.

La doublure orange : ce qu'on raconte mal

La version courante tient en une phrase : « l'intérieur est orange pour qu'un pilote abattu soit repéré ». Vrai, mais tronqué. Tous les MA-1 n'ont pas de doublure orange : les premiers sont doublés sage green. Et les versions officielles à intérieur orange sécurité étaient réellement réversibles : pas une couleur, une construction. Les poches intérieures fermaient par pressions et restaient utilisables une fois retournées ; le zip recevait une grosse tirette manœuvrable des deux côtés.

Conséquence : un blouson à doublure orange dont les poches ne fonctionnent que dans un sens n'est pas un MA-1 réversible. C'est un blouson à doublure orange. La quasi-totalité de ce qui se vend aujourd'hui est dans ce cas, y compris chez de bonnes marques. Ce n'est pas un reproche : c'est un signe devenu décoratif.

Vraie construction ou évocation ?

Disons-le franchement : la plupart des blousons vendus comme « aviateur » n'ont en commun avec l'original que le col côtelé. Rien à mépriser là-dedans : ce sont souvent d'excellents blousons, dessinés pour la ville, mieux adaptés à un bureau qu'une peau lainée de quatre kilos. Mais il faut savoir ce qu'on achète.

  • L'emmanchure. Haute et étroite sur une construction fidèle, basse et large sur une évocation. Le critère le plus discriminant.
  • Les côtes. Laine dense qui reprend sa forme, ou polyester qui se détend en un hiver. Tirez sur le bord de taille et lâchez.
  • Les poches. Un A-2 n'a que deux poches plaquées à rabat, un MA-1 une poche utilitaire sur la manche gauche.
  • Le dos. Bi-swing sur le G-1 : deux plis d'aisance pour tendre les bras vers l'avant.
  • Le col. Sur un A-2, il ferme par pressions cachées et crochet. Un col qui bat au vent est un col de style.

Un exemple honnête dans nos rayons : le Wrangler Corduroy Aviator. Velours côtelé, col fourré, coupe courte. Personne ne prétend que c'est un B-3 : c'est la silhouette dans une autre matière. Sur le velours, nous avons écrit un article séparé.

Comment chacun taille, et lequel pour quelle carrure

Modèle Matière d'origine Coupe Effet sur la silhouette Pour qui
A-2 Cheval, vachette, chèvre Court, près du corps Structure l'épaule sans rien ajouter Toutes carrures
B-3 Mouton retourné Très court, très volumineux Élargit le haut, tasse la stature Carrure large. Écrasant sur une silhouette fine
G-1 Chèvre, col mouton Court, un peu plus ample Le col élargit la ligne d'épaule Épaules étroites. À éviter si le cou est court
MA-1 Nylon Blousonnant, bord de taille haut Raccourcit le buste, allonge la jambe Buste long. Mauvais si le torse est court

Si vous n'en achetez qu'un, prenez la coupe A-2 : la seule des quatre qui ne fasse rien de radical à votre silhouette. Le B-3 demande une carrure pour ne pas porter le porteur — sous 1,75 m avec des épaules étroites, il vous transforme en boule.

Le MA-1 est le plus facile à acheter et le plus mal porté. Son bord de taille remonte volontiers au-dessus du nombril. Sur un buste long, très bien : la jambe paraît plus longue. Sur un torse court, on obtient un carré. Cherchez alors un bord plus bas.

Le conseil de cabine

Premier geste : la ceinture. Enfilez le blouson, bras le long du corps, cherchez votre boucle. Le bord de taille doit tomber dessus, ou un à deux centimètres au-dessus. Jamais plus haut. Si vous voyez trois centimètres de chemise entre le blouson et la ceinture bras baissés, c'est trop court : il remontera au premier geste et ne redescendra pas.

Deuxième geste : l'emmanchure. Levez un bras à l'horizontale, puis tendez-le vers l'avant comme pour attraper un volant. Emmanchure haute : seule la manche bouge, le bord de taille ne quitte pas la ceinture. Emmanchure basse : tout monte et vous découvrez votre ventre. Deux blousons de même taille ne se portent donc pas pareil.

Ce que nous avons à Pau

Autant être clair : nous ne vendons pas de reproduction sous spécification militaire, mais les descendants civils, en trois familles.

La lignée du B-3, avec les moutons retournés de Daytona 73, marque dessinée à Rennes, présente dans notre guide des vestes. Le Corsair Fur Sheep Petrol reçoit un traitement de surface résistant aux projections, ce que le B-3 d'origine n'était pas. Le Mick, le Dustin et le Moose IC jouent sur les variations du pelage : deux pièces ne sont jamais identiques.

La lignée nylon, avec l'Antrim Nylon et le Kinsale Nylon. Ce ne sont pas des MA-1 : ni poche de manche, ni doublure orange, ni spécification. La matière dans une coupe contemporaine.

Les évocations assumées, avec le Wrangler Corduroy Aviator et le Daytona 73 Regen Sherpa, dont la doublure imite la laine de mouton sans en être. Moins chaud, plus léger, honnête.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un blouson aviateur et un bomber ?

Dans l'usage courant, aucune : les deux mots désignent le même rayon. Si on veut être précis, « bomber » renvoie au MA-1 en nylon à col côtelé, et « aviateur » à la famille en cuir ou en peau lainée. En boutique, nous demandons toujours de montrer.

Un B-3 se porte-t-il en ville ?

Oui, mais pas tous les jours. C'est un vêtement de grand froid conçu pour des cockpits non pressurisés, vite trop chaud dans un bus ou un bureau. Comptez-le comme un manteau d'hiver rigoureux, pas comme un blouson de mi-saison.

La doublure orange sert-elle vraiment à quelque chose ?

Sur les MA-1 militaires réversibles, oui : poches à pressions et grosse tirette permettaient de retourner le blouson pour se signaler. Sur les blousons civils actuels, non, dans l'immense majorité des cas. Un signe hérité, pas une fonction.

Quelle taille prendre dans un blouson aviateur ?

Votre taille habituelle en veste, sans marge « pour mettre un pull ». Ces blousons sont courts : une taille au-dessus fait tomber l'épaule et allonge la manche sans rien gagner en chaleur. Exception, le mouton retourné, où la doublure occupe déjà l'espace.

Un mouton retourné supporte-t-il la pluie ?

Mal. Le cuir de mouton absorbe et la laine met longtemps à sécher. Certaines finitions améliorent la résistance aux projections, aucune n'en fait un imperméable. Laissez sécher à l'air libre, loin d'un radiateur.

Venir l'essayer rue des Cordeliers

Le test de l'emmanchure ne se fait pas sur une photo. Passez essayer trois volumes dans la même après-midi : la carrure se règle en un quart d'heure, avec quelqu'un pour vous dire si le bord a bougé. Nous sommes au 18 rue des Cordeliers, à Pau, joignables au 05 40 03 60 97.

Tous les modèles cités sont dans la collection Vestes & Blousons. Point relais Chronopost 4,90 €, offert dès 100 € ; Colissimo 7,90 €, offert dès 150 € ; retrait gratuit en boutique ; expédition sous 24 h ouvrées ; retours sous 30 jours, frais à la charge du client.