Pendleton : la laine de l'Oregon depuis 1863
Pendleton : la laine de l'Oregon depuis 1863
Une chemise Pendleton porte une étiquette qui déroute : le tissu est américain, la couture ne l'est pas. Ce n'est pas un détail de fabrication, c'est le cœur du sujet quand on paie une chemise en laine le prix d'une veste. Et la date affichée par la marque, 1863, ne désigne pas la naissance de l'entreprise. Voici ce que Pendleton fabrique encore, et ce qu'elle ne fabrique plus.
1863 ou 1909 : deux dates, une seule entreprise
Les deux chiffres circulent, souvent mélangés. Ils ne racontent pas la même chose.
Thomas Kay, tisserand du Yorkshire
Thomas Lister Kay naît dans le Yorkshire vers 1837. Il émigre aux États-Unis en 1857 et arrive en Oregon en 1863. C'est cette arrivée que la marque retient comme point de départ dans sa chronologie officielle. Kay monte ensuite sa propre filature à Salem : la Thomas Kay Woolen Mill, constituée en société en 1889. Cette filature-là n'est pas Pendleton. Le lien est familial, pas industriel.
Les Bishop, et le rachat de la filature
En 1876, la fille de Kay, Fannie, épouse C.P. Bishop, un commerçant. Kay meurt en 1900. À Pendleton, dans l'est sec de l'Oregon, un atelier de lavage de laine tourne depuis 1893 puis s'arrête. La ville cherche un repreneur. Poussés par leur mère, les trois fils Bishop — Clarence, Roy et Chauncey — reprennent le site. Pendleton Woolen Mills est constituée en février 1909. Une seconde filature suit à Washougal, dans l'État de Washington, en 1912.
Premier point d'honnêteté. « Depuis 1863 » désigne l'arrivée d'un homme en Oregon, pas la fondation de l'entreprise. Pendleton Woolen Mills date de 1909. Les sources de la marque ne sont d'ailleurs pas alignées entre elles : sa fiche société date le bâtiment de Pendleton de 1895 et celui de Washougal de 1910, quand sa chronologie retient 1909 et 1912. Bâtiment d'un côté, reprise par les Bishop de l'autre. Nous retenons 1909.
Les couvertures : un commerce avant d'être un décor
Avant les chemises, il y a les couvertures. C'est par elles que l'entreprise a vécu.
La filature est installée au milieu des territoires cayuse, umatilla, walla walla et nez-percé. La laine y circule depuis longtemps : la Hudson's Bay Company tenait un comptoir dans la région dès 1816. La laine a des avantages concrets sur la peau tannée : elle tient chaud même humide, elle sèche, elle se nettoie, elle se tisse en grande largeur.
Les Bishop produisent deux formats : des robes sans franges pour les hommes, des châles à franges pour les femmes, en motifs géométriques et rayures. Le marché s'élargit au Sud-Ouest, chez les Navajo, les Hopi et les Zuni. Un dessinateur, Joe Rawnsley, se déplace dans les communautés pour relever les préférences de couleurs et de compositions. Ce n'est pas de l'inspiration lointaine : c'est une étude de marché.
Ces couvertures ont un usage social qui n'a rien de décoratif et qui n'a pas disparu. Elles se donnent. Elles marquent une naissance, un mariage, un deuil, une remise de nom, un honneur rendu. Bobbie Conner, qui dirige le Tamástslikt Cultural Institute à Pendleton, décrit des couvertures gardées comme des repères de vie, associées à des personnes précises, parfois recoupées en coussins quand elles s'usent.
Deuxième point d'honnêteté. Pendleton est une entreprise détenue depuis l'origine par une famille non autochtone, qui a dessiné et vendu pendant un siècle des motifs inspirés de cultures autochtones sans que les créateurs d'origine soient rémunérés. Depuis les années 1990, la marque travaille sous licence avec des artistes autochtones et a réuni plus d'un million de dollars pour l'American Indian College Fund. Le magazine Dwell rapporte qu'en 2013 l'entreprise a réglé un dossier relevant de l'Indian Arts and Crafts Act et renommé une couverture ; faute de confirmation côté marque, nous donnons ce point pour ce qu'il est, une information de presse non recoupée. Le reste tient en une phrase : une couverture Pendleton est un produit industriel américain destiné à ces communautés, pas un objet fabriqué par elles.
Deux filatures, et ce qui en sort
Les deux sites tournent toujours. C'est ce qui distingue Pendleton de beaucoup de marques anciennes, qui ne possèdent plus d'outil.
| Site | Ouverture | Ce qu'on y fait |
|---|---|---|
| Pendleton, Oregon | Lavage de laine dès 1893, reprise Bishop en 1909 | Tissage de toutes les couvertures jacquard, et de tissu pour le vêtement |
| Washougal, Washington | 1912 (bâtiment de 1910) | Teinture, tissage des lainages vêtement (Umatilla cardé, mérinos Sir Pendleton), couvertures, finition, foulage, grattage |
La marque achète la laine, la lave, la teint, la tisse et la finit dans ses propres murs. Cette partie-là est vérifiable, et les deux filatures se visitent.
Le Board Shirt, et le groupe qui s'appelait les Pendletones
Le vêtement arrive tard. En 1924, C.M. Bishop lance une ligne de chemises de sport en laine, en couleurs vives, à rebours des chemises de travail ternes de l'époque.
À la fin des années 1950, en Californie du Sud, les surfeurs adoptent ces chemises à carreaux, ouvertes sur un t-shirt blanc, avec un chino. La coupe prend le nom de board shirt, la chemise de planche : droite, ample, poches poitrine à rabat coupées en biais, col souple, bas droit.
En 1961, cinq garçons de Hawthorne se donnent le nom de the Pendletones, d'après la chemise : les frères Brian, Dennis et Carl Wilson, leur cousin Mike Love et Al Jardine. Sur les premières photos, ils portent tous le même carreau bleu et charbon. Le nom ne survit pas au premier disque : chez Candix Records, Russ Regan les rebaptise the Beach Boys, ce qu'ils découvrent, selon Brian Wilson, en voyant les pressages. Pendleton vend toujours ce carreau sous le nom Original Surf Plaid.
En revanche, la date de naissance du Board Shirt, souvent donnée comme 1949, ne repose sur aucune source que nous ayons pu vérifier. Ce qui est documenté : la ligne de chemises homme démarre en 1924, et la coupe board s'impose autour de 1960 avec les surfeurs. Nous en restons là.
Tissé aux États-Unis, cousu ailleurs
C'est le nœud du sujet, et c'est là que les fiches revendeurs deviennent floues.
Les couvertures jacquard sont tissées et finies dans les deux filatures américaines. La Chief Joseph, la plus connue, est en 82 % laine vierge et 18 % coton, bordée de feutre, à nettoyer à sec. Le tissu au mètre sort des mêmes métiers.
Les chemises en laine, elles, sont tissées aux États-Unis puis confectionnées à l'étranger. L'étiquette le dit : Imported of USA fabric. Ce n'est pas un mensonge, mais ce n'est pas mis en avant, et beaucoup d'acheteurs comprennent « made in USA ». Pour le reste — mailles, vestes, sacs, accessoires — la marque ne publie pas d'origine produit par produit. La règle sûre : lisez l'étiquette de la référence que vous avez en main.
| Catégorie | Laine tissée où | Confection | Entretien |
|---|---|---|---|
| Couvertures jacquard (type Chief Joseph) | Pendleton, Oregon | États-Unis | Nettoyage à sec |
| Chemises en laine (Board Shirt et dérivés) | Filatures américaines | Hors États-Unis | Machine, froid, cycle délicat, séchage doux |
| Tissu au mètre | Oregon et Washington | Sans objet | Selon usage |
| Mailles, vestes, accessoires | Non documenté | Importé | Selon étiquette |
Ce qu'on regarde en cabine
Trois choses, dans l'ordre.
Le grattage. La laine Umatilla est un lainage cardé, pas un mérinos fin. Sur une peau sensible, ça se sent au bout de dix minutes, pas à l'essayage rapide. Notre conseil : gardez la chemise sur vous le temps de finir vos essayages, et jugez au cou et aux poignets, jamais avec la manche posée sur l'avant-bras. Un t-shirt dessous règle le problème dans neuf cas sur dix, et c'est ainsi que cette chemise a toujours été portée. Notre comparatif des laines détaille ce qui gratte et pourquoi.
La taille. La coupe board est déjà large : elle est faite pour se porter ouverte, en surchemise. Prenez votre taille habituelle, pas au-dessus. L'erreur classique consiste à monter d'une taille « pour mettre un pull dessous » et à se retrouver avec des épaules qui tombent trois centimètres trop bas.
L'entretien. Pendleton donne une consigne que nous répétons parce qu'elle est irréversible : choisissez une méthode et gardez-la. Une chemise en laine lavable qui part une fois au pressing perd le traitement qui la rendait lavable, et ne doit plus passer en machine ensuite. Si vous lavez, c'est eau froide, cycle délicat, séchage doux ou à plat. Les couvertures, elles, se nettoient à sec, sans discussion.
Chemise en laine ou surchemise en coton pour septembre-octobre : prenez la laine si vous êtes frileux et que vous marchez dehors, la toile si vous alternez rue et bureau chauffé. Pour les laines franchement lourdes, de type mackinaw, c'est un autre rayon : voyez notre guide Filson.
Questions fréquentes
Pendleton existe-t-elle vraiment depuis 1863 ?
Non, pas en tant qu'entreprise. 1863 est l'année où Thomas Kay, tisserand anglais, arrive en Oregon. Pendleton Woolen Mills est constituée par ses descendants Bishop en février 1909, sur un site de lavage de laine qui existait depuis 1893.
Les vêtements Pendleton sont-ils fabriqués aux États-Unis ?
En partie seulement. La laine est tissée et finie dans les deux filatures américaines de la marque, en Oregon et dans l'État de Washington. Les chemises sont ensuite confectionnées à l'étranger : l'étiquette indique « Imported of USA fabric ». Les couvertures jacquard, elles, sont bien faites aux États-Unis.
Une chemise en laine Pendleton se lave-t-elle en machine ?
La plupart des chemises en laine de la marque sont données pour un lavage machine à froid, cycle délicat. La règle importante est de ne pas mélanger les méthodes : un passage au pressing retire le fini qui permet le lavage. Après un nettoyage à sec, restez au nettoyage à sec.
Une couverture Pendleton est-elle un objet amérindien ?
Non. C'est un produit industriel conçu et fabriqué par une entreprise détenue par une famille non autochtone, historiquement destiné au commerce avec des nations amérindiennes. Ces couvertures ont pris une vraie place dans les usages cérémoniels de ces communautés, mais elles n'en sont pas issues. Depuis les années 1990, la marque édite aussi des motifs signés par des artistes autochtones sous licence.
Quelle taille choisir dans une chemise Pendleton ?
Votre taille habituelle. La coupe board est ample par construction, pensée pour être portée ouverte sur un t-shirt. Vérifiez la couture d'épaule plutôt que le tour de poitrine : c'est elle qui décide si la chemise tombe droit.
Venir l'essayer à Pau
Une laine cardée ne se juge pas sur une photo. Le carreau non plus : à plat sur un écran il paraît sage, sur les épaules il prend un volume que peu de gens anticipent. La marque arrive chez nous en septembre : passez, gardez la chemise cinq minutes sur le dos, tranchez là. Nous sommes au 18 rue des Cordeliers à Pau, au 05 40 03 60 97.
Vous pouvez aussi retrouver l'arrivage en ligne dans la collection Pendleton. Livraison : point relais Chronopost 4,90 €, offert dès 100 € ; Colissimo 7,90 €, offert dès 150 € ; retrait gratuit en boutique ; expédition sous 24 h ouvrées ; retours sous 30 jours, frais à la charge du client.