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Cezembre : le vestiaire de la côte bretonne

10 min de lecture Par L'Industrie

Cezembre : le vestiaire de la côte bretonne

Nous vendons trois références Cezembre : deux bonnets et une écharpe. C'est peu. Et nous n'avons trouvé aucune source publique sérieuse sur la marque — ni année de création, ni fondateur, ni atelier. Plutôt que de broder une légende de plus, nous racontons ce qui est documenté : le vestiaire des marins de la Manche, dont ces trois pièces descendent en ligne directe.

Trois références, et pourquoi nous les gardons quand même

Autant commencer par ce qui cloche. Cezembre est une marque que nous n'avons pas réussi à documenter. Nos propres fiches produit la décrivent comme bretonne, en laine naturelle, de fabrication artisanale : c'est ce que la marque nous dit. Nous ne l'avons vérifié nulle part ailleurs, et nous ne l'écrirons donc pas comme un fait.

Ce que nous pouvons vérifier, c'est le nom. Cézembre est une île réelle, au large de Saint-Malo : environ 18 hectares, 750 mètres de long, inhabitée, fortifiée par Vauban. En août 1944 elle a reçu près de 20 000 bombes d'aviation ; elle est encore partiellement déminée et interdite d'accès.

Les trois modèles portent des noms de la même baie. Le Malo renvoie à Saint-Malo. Le Grand Bé renvoie à l'îlot accessible à pied à marée basse depuis la plage de Bon-Secours, où Chateaubriand a été inhumé le 6 juillet 1848 sous une croix sans inscription. Le troisième nom, La Hoguette, nous a résisté : nous n'avons pas pu l'attribuer avec certitude à un point de la côte. Nous le signalons plutôt que de l'inventer.

Référence Type Registre de couleurs Pour qui
Malo Bonnet, hauteur standard Sobre : noir, marine, camel, gris, écru Celui qui veut couvrir les oreilles
Grand Bé Bonnet court, maille plus serrée Large : caramel, rouille, corail, bordeaux, azur, rose… Celui qui porte court, sur le haut du front
La Hoguette Écharpe Six coloris, du rose pâle au marine Celui qui veut un cache-col, pas un plaid

Alors pourquoi garder une marque dont nous ne savons presque rien ? Parce qu'en cabine, les pièces tiennent : maille régulière, laine qui ne gratte pas sur le front, palette du Grand Bé plus large que celle de la plupart des marques. Ce n'est pas une histoire de marque, c'est un avis de boutique.

Le tricot rayé : ce que dit vraiment 1858

La marinière n'est pas née d'un coup de génie de styliste. Elle entre dans la liste des tenues de matelot de la Marine nationale par un texte réglementaire du 27 mars 1858. Le tricot est alors en coton, à manches longues, rayé bleu indigo et blanc.

La formule qui circule partout est celle-ci : « Le corps de la chemise devra compter 21 rayures blanches, chacune deux fois plus large que les 20 à 21 rayures bleu indigo. » Les mesures relayées avec elle donnent vingt rayures bleues de dix millimètres espacées de vingt millimètres sur le torse et le dos, quatorze sur les manches ; vingt-et-une et quinze sur les grandes tailles.

Précision d'honnêteté : nous n'avons pas eu le texte original de 1858 sous les yeux. Nous citons la version relayée par les sources encyclopédiques, rarement adossée à une archive. C'est une citation de seconde main.

La légende des 21 victoires de Napoléon

Vous l'avez lue cent fois : les vingt-et-une rayures commémoreraient les vingt-et-une victoires de Napoléon. C'est invérifiable, et quatre éléments doivent alerter.

  • La chronologie. Le texte date de 1858. Napoléon Ier est mort en 1821, Waterloo remonte à 1815.
  • Le mauvais chiffre. Dans la formule citée, le 21 s'applique aux rayures blanches. Ce sont les bleues, celles qu'on voit, qui sont vingt ou vingt-et-une selon la taille.
  • Un symbole qui change avec la taille. Si le nombre de rayures dépend du tour de poitrine, il ne commémore rien.
  • Aucune source. Personne ne cite le passage du règlement qui établirait ce symbolisme, et les encyclopédies qui rapportent la légende la donnent pour non confirmée.

Ajoutons qu'aucun historien n'a jamais arrêté le nombre de victoires de Napoléon à vingt-et-une. Selon ce qu'on compte, on arrive à des totaux très supérieurs.

Le caban : trois étymologies, aucune certitude

Deuxième pilier du vestiaire de mer, le caban a une origine plus disputée encore que celle des rayures.

Côté français, on rattache le mot à l'arabe qaba, « capote, vêtement de dessus » : les navigateurs européens du XVe siècle auraient repris une cape courte portée en Afrique du Nord. Côté anglo-saxon, le pea coat viendrait du néerlandais pijjekker, où pij désigne un drap bleu pelucheux. Troisième piste, défendue par l'US Navy : le pilot cloth, abrégé P-cloth, aurait donné P-jacket puis pea coat. Le terme est attesté dès les années 1720 dans la presse américaine.

Les dates françaises sont plus fermes : le caban est décrit pour la première fois en 1845 dans une lettre du ministre de la Marine, adopté en 1848, avec une rangée de dix boutons frappés d'une ancre. Les matelots l'imperméabilisaient eux-mêmes, au goudron, au suif et à l'huile de térébenthine — d'où la raideur des vieilles pièces.

Chandail, vareuse, pull marin

Le mot chandail n'a rien de maritime. Attesté en 1894, il vient d'une abréviation populaire de « marchand d'ail », qui désignait aux Halles de Paris les ouvriers bretons du marché aux légumes, puis le tricot qu'ils portaient.

Le tricot des marins vient d'ailleurs. Le guernsey, ou gansey, est né dans l'île anglo-normande du même nom, où une industrie de la maille est documentée dès la fin du XVe siècle. Tricoté en rond, sans couture : environ 84 heures la pièce.

La logique est toujours la même : maille très serrée pour que le vent ne passe pas, laine qui garde sa chaleur mouillée. Saint James en est l'héritier français direct — l'entreprise est fondée en 1889 à Saint-James, dans la Manche, sur le site d'une filature de laine qui tournait depuis 1850, et son fondateur Léon Legallais voulait habiller les marins normands et bretons. Détail qui compte : ce vestiaire dit « breton » est pour moitié normand. La marinière en coton, chez eux, n'arrive qu'en 1982.

Laine ou coton : le vrai partage

Le vestiaire de mer utilise les deux matières, pas pour les mêmes raisons. La laine absorbe près d'un tiers de son poids en eau sans donner de sensation de mouillé, et continue d'isoler humide. Le coton absorbe aussi, mais refroidit dès qu'il est trempé. D'où la règle : coton pour la couche qui touche la peau et se lave souvent, laine pour tout ce qui protège du vent et du froid.

Pièce Matière d'origine Fonction Ce qu'on en garde aujourd'hui
Tricot rayé (1858) Coton Sous-couche La marinière, portée seule
Caban (1848 en France) Drap de laine foulé Coupe-vent de quart, imperméabilisé au goudron Manteau court croisé
Guernsey / pull marin Laine, maille serrée Chaleur en couche intermédiaire Pull col rond ou col cheminée
Bonnet de quart Laine feutrée Éviter la déperdition par la tête Le bonnet côtelé standard

Nous avons détaillé les laines — mérinos, lambswool, shetland, cachemire — dans l'article sur les pulls. Pour la couche du dessous, la marinière n'est jamais qu'un t-shirt à manches longues avec un règlement derrière elle.

Le bonnet, la pièce dont personne ne parle

C'est pourtant la plus ancienne pièce de la liste. Le plus vieux type documenté est le Monmouth cap, produit dans la ville galloise de Monmouth dès le XVe siècle : une laine grossière à deux fils, rendue coupe-vent par feutrage — un feutrage qui rétrécissait la pièce, et c'était voulu. Le bonnet de laine coiffe ensuite marins, pêcheurs et chasseurs à partir du XVIIIe siècle. Le terme américain watch cap vient du quart, le tour de garde.

Le conseil de cabine

Presque tout le monde essaie un bonnet debout devant un miroir, en pull, col baissé. C'est l'erreur. Mettez votre manteau, relevez le col, remettez le bonnet : le col le pousse vers le haut de deux à trois centimètres et découvre les oreilles. Un bonnet qui tombait bien en pull devient trop court en manteau. C'est la première cause de retour sur cette catégorie.

Deuxième point : le revers double épaisseur chauffe le front, là où l'on transpire en premier. Si vous le gardez en intérieur, prenez-le en simple épaisseur.

Troisième point, hérité du feutrage : une laine lavée chaude et agitée rétrécit définitivement. Une machine à 40° suffit à transformer un bonnet en calotte d'enfant.

Lequel prendre

Si vous n'en prenez qu'un, prenez le Malo : plus haut, rabattable sur les oreilles, cinq coloris qui passent partout. Le Grand Bé est pour ceux qui portent court, posé haut sur le front, et veulent une couleur franche : corail, rouille, bordeaux. Sa maille plus serrée le rend moins tolérant sur les grosses têtes — essayez-le. L'écharpe La Hoguette se juge à la longueur : pliez-la en deux, passez les pans dans la boucle, vérifiez qu'ils descendent au sternum. Sinon le nœud se défait toute la journée.

Pour un couvre-chef à bord rigide, voyez plutôt l'article sur les formes de chapeaux.

Questions fréquentes

Une vraie marinière a-t-elle 21 rayures ?

Pas exactement. Le chiffre de 21 concerne les rayures blanches dans la formule relayée du texte de 1858. Les bleues sont vingt ou vingt-et-une selon la taille, quatorze ou quinze sur les manches. Aucun décret n'impose 21 rayures bleues.

Les 21 rayures représentent-elles les victoires de Napoléon ?

Non, c'est une légende sans source. Le texte date de 1858, trente-sept ans après la mort de Napoléon. Un nombre de rayures qui varie avec la taille ne commémore rien. Aucune source citant le règlement n'appuie cette lecture.

D'où vient le mot caban ?

Les sources se contredisent : l'arabe qaba côté français, le néerlandais pijjekker côté anglais, le pilot cloth devenu P-jacket pour l'US Navy. Ce qui est daté, côté français : première description en 1845, adoption en 1848.

Comment laver un bonnet en laine ?

À la main, à l'eau froide, avec une lessive pour laine, sans frotter ni tordre. Essorez dans une serviette, séchez à plat. La chaleur et l'agitation feutrent la fibre : le rétrécissement est irréversible.

Que sait-on vraiment de la marque Cezembre ?

Peu de chose. Aucune source publique fiable ne donne son année de création, ses fondateurs ou son lieu de fabrication. Elle se présente comme bretonne et travaille la laine ; nous n'avons pas pu le vérifier. Nous la gardons pour la qualité constatée en boutique, pas pour son récit.

Venir essayer à Pau

Un bonnet ne s'achète pas sur photo. La différence entre le Malo et le Grand Bé se joue sur deux centimètres de hauteur et sur la tension de la maille : invisible à l'écran, évidente sur la tête. Venez avec le manteau que vous porterez cet hiver, c'est le seul test qui compte. Nous sommes au 18 rue des Cordeliers à Pau, au 05 40 03 60 97.

Les trois références sont réunies dans la collection Cezembre, le reste des bonnets et écharpes dans les accessoires. Point relais Chronopost 4,90 €, offert dès 100 € ; Colissimo 7,90 €, offert dès 150 € ; retrait gratuit en boutique ; expédition sous 24 h ouvrées ; retours sous 30 jours, frais à la charge du client.