Imperméable, déperlant, étanche : trois mots, trois promesses
Imperméable, déperlant, étanche : trois mots, trois promesses
Un client est passé le mois dernier avec une veste achetée ailleurs, étiquetée « imperméable ». Elle avait pris l'eau aux épaules après vingt minutes d'averse. Le tissu n'était pas en cause : les coutures n'étaient pas thermosoudées. Trois mots circulent dans le commerce de la pluie. Ils n'engagent pas la même chose, et l'écart se paie en épaules mouillées.
Trois mots, trois niveaux de promesse
Déperlant : un traitement de surface, qui s'use
Le déperlant est une finition appliquée en usine sur la face extérieure du tissu. En anglais, DWR, pour durable water repellent. Il modifie la tension de surface de la fibre pour que l'eau perle et roule au lieu de s'étaler. C'est un traitement, pas une barrière, et il s'use au frottement, au lavage et au temps.
Imperméable : une membrane ou une enduction
Imperméable veut dire qu'une barrière physique continue empêche l'eau liquide de traverser la toile. Deux façons de l'obtenir : une membrane laminée entre le tissu extérieur et la doublure, ou une enduction, le plus souvent polyuréthane, déposée sur l'envers. Un vêtement déperlant n'est pas imperméable. Un vêtement imperméable, lui, est presque toujours déperlant en plus.
Étanche : le mot qu'il faudrait réserver au vêtement fini
Étanche décrit un assemblage, pas une matière. Un tissu peut être imperméable ; un vêtement n'est étanche que si ses coutures, ses zips et ses ouvertures le sont aussi.
Les deux chiffres qui comptent
La colonne d'eau, norme ISO 811
ISO 811:2018, « Détermination de la résistance à la pénétration de l'eau — Essai sous pression hydrostatique » : on augmente la pression d'eau sous un échantillon jusqu'à ce qu'elle traverse. Le résultat s'exprime en millimètres. 10 000 mm veut dire que la toile a tenu une colonne d'eau de dix mètres.
Point rarement dit : la norme définit la méthode d'essai, pas un seuil de réussite. Le fameux « 1 000 mm = imperméable » est une convention de marché, pas une ligne d'ISO 811.
Le RET, norme ISO 11092
Le RET mesure la résistance à la vapeur d'eau, autrement dit la respirabilité. ISO 11092 l'évalue sur une plaque chauffée qui simule une peau qui transpire — « essai de la plaque chaude gardée à transpiration ». Plus le RET est bas, mieux la vapeur s'échappe. L'édition 2014 a été remplacée en mai 2026.
Les classes qu'on lit partout — sous 6 très respirant, 6 à 13 correct, au-delà de 20 étouffant — sont des conventions de laboratoires et de marques, absentes de la norme. Un ordre de grandeur, pas un verdict.
| Famille | Principe | Colonne d'eau | Coutures soudables | Ce que ça tient |
|---|---|---|---|---|
| Coton ciré | Cire de paraffine imprégnée | Rarement publiée | Non | Crachin, averse courte, vent |
| Coton dense (etaProof) | Fibres qui gonflent | 750 à 900 mm | Non | Pluie fine prolongée |
| Enduction polyuréthane | Film continu sur l'envers | 1 000 à 5 000 mm | Oui | Pluie soutenue, respire peu |
| Membrane microporeuse | Film à pores calibrés | 10 000 à 20 000 mm | Oui | Pluie battante, journée entière |
Les coutures : c'est là que l'eau entre
Une aiguille qui traverse une membrane fait un trou. Une veste compte plusieurs milliers de perforations, autant de passages ouverts. La réponse s'appelle le thermosoudage : une bande thermocollante appliquée à chaud et sous pression sur l'envers referme les perforations. Gore impose d'ailleurs que tout vêtement fait avec ses tissus ait les coutures bandées.
Deux niveaux existent : coutures critiques thermosoudées (épaules, capuche, haut du dos) ou coutures entièrement thermosoudées. Le premier suffit pour aller au travail, le second pour une journée dehors. Si rien n'est traité, la meilleure membrane du marché ne servira à rien : l'eau entre par les épaules, là où le sac appuie.
Comment fonctionne une membrane microporeuse
Un film percé de pores. Tout tient à l'ordre de grandeur : une goutte de pluie est énorme comparée à une molécule de vapeur d'eau. Gore annonce environ 1,4 milliard de pores par centimètre carré sur son film ePTFE, chaque pore de l'ordre du vingt-millième de la taille d'une goutte. La goutte ne passe pas. La vapeur passe.
D'où l'importance du déperlant sur ce type de veste. Si la toile extérieure se gorge d'eau, elle forme un film liquide continu au-dessus de la membrane et la vapeur ne s'évacue plus : vous avez froid et mouillé de l'intérieur alors que la membrane fait son travail. Beaucoup croient que leur veste fuit quand c'est le déperlant qui est mort.
Sans membrane : coton ciré, Ventile, coton dense
Le coton ciré
Disons-le sans détour : une veste en coton ciré n'est pas imperméable, elle est très déperlante. La cire, paraffine parfois additionnée de cire d'abeille, imprègne la toile et fait perler l'eau. Sous un crachin, une averse courte ou du vent, c'est excellent. Sous deux heures de pluie battante, la toile se charge et l'eau passe — aux zones de flexion et aux coutures, qui ne peuvent pas être thermosoudées. Elle ne respire pas et elle pèse.
Belstaff a bâti sa réputation là-dessus : la maison naît en 1924 à Longton, dans le Staffordshire, sous l'impulsion d'Eli Belovitch et de son gendre Harry Grosberg, et compte parmi les premières à employer le coton ciré pour la moto. Contrepartie : un entretien régulier, détaillé dans notre guide pour recirer une Belstaff.
Ventile, etaProof et les cotons densément tissés
Le Ventile est un coton à fibres extra-longues, filé souple et tissé très serré, mis au point au Shirley Institute de Manchester et produit aujourd'hui par le suisse Stotz & Co sous le nom etaProof. Le mécanisme est purement physique : mouillées, les fibres gonflent, le tissage se referme, l'eau ne passe plus.
Les valeurs publiées tournent autour de 750 mm de colonne d'eau, 900 mm pour la version la plus lourde : sous la convention des 1 000 mm. Très bon tissu de temps humide, pas un imperméable — et lourd une fois gorgé. Les cotons densément tissés sans nom déposé suivent la même logique : ils tiennent la bruine, pas une averse pyrénéenne. Voir notre guide des vestes de mi-saison.
PFAS : le déperlant change de chimie
Les DWR les plus performants reposaient historiquement sur des composés fluorés, les PFAS. L'Europe resserre : les acides perfluorocarboxyliques à chaîne C9-C14 sont restreints depuis février 2023. Surtout, le règlement (UE) 2024/2462 du 19 septembre 2024, qui modifie l'annexe XVII de REACH, interdit le PFHxA, ses sels et les substances apparentées dans les textiles et cuirs des vêtements et accessoires grand public, ainsi que dans les chaussures grand public, à compter du 10 octobre 2026. Seuils : 25 ppb pour le PFHxA et ses sels, 1 000 ppb pour les substances apparentées.
Une restriction bien plus large, visant toute la famille PFAS, a été proposée par cinq pays européens et reste en évaluation. Nul ne sait quand elle aboutira.
Concrètement : les déperlants sans PFC, à base de silicones ou d'hydrocarbures, sont devenus la norme. Ils fonctionnent, mais tiennent moins longtemps que les anciens fluorés, supportent mal les corps gras et demandent d'être réactivés plus souvent. Gore a commencé en 2024 à basculer ses tissus grand public de l'ePTFE vers une membrane ePE, en reconnaissant qu'elle demande des lavages plus fréquents. Un progrès réel, qui se paie en entretien.
Que prendre, et le geste à faire en cabine
Si vous n'achetez qu'une seule pièce pour la pluie de Pau, prenez une membrane. Le ciré est un deuxième achat, pas un premier : le Béarn ne distribue pas des crachins polis.
Côté membrane, les Danois de H2O : la Romo LW Packable et sa version longue la Romo Classic pour la pluie qu'on garde dans le sac, le Bornholm Rain Coat quand il faut un vrai manteau. Chez Hunter, l'Izzi est la légère et packable, l'Andrea la même en plus long, la Jo la plus colorée.
Côté ciré, la Belstaff Fieldmaster, la Centenary Reversible Parka ou la Baracuta Waxed Shooting Field Parka : excellentes pièces, très déperlantes, pas imperméables. Même chose pour les sacs, les roll top d'Elliker compris — la fermeture roulée limite l'entrée d'eau par le haut, mais les coutures ne sont pas soudées (voir notre article sur Elliker). Dernière franchise : nous ne publions pas de colonne d'eau pour ces modèles, parce que nous ne l'avons pas.
Le test de la goutte, et les cinq secondes qui tranchent
Sur une veste que vous avez déjà : versez une cuillère d'eau sur l'épaule. Si elle forme des billes qui roulent, le déperlant est vivant. Si le tissu fonce et absorbe en quelques secondes, il est mort — la veste n'est pas percée, elle est saturée. Lavez-la à la lessive douce, sans adoucissant, puis vingt minutes au sèche-linge à basse température, ou un coup de fer tiède en interposant un linge propre. La chaleur réactive le traitement et la déperlance revient souvent. Sinon, réimprégnez.
En cabine, nous faisons un autre geste, et vous pouvez le faire seul : retournez la manche et regardez l'envers des coutures d'épaule. Une bande fine, lisse, souvent brillante, collée le long de la couture, c'est du thermosoudage. Du fil nu et un surfilage ordinaire, c'est une veste déperlante, quoi que dise l'étiquette.
Questions fréquentes
Déperlant et imperméable, est-ce vraiment différent ?
Oui. Le déperlant est un traitement de surface qui fait perler l'eau et qui s'use ; l'imperméable est une barrière physique continue. Un déperlant vous fait tenir une averse, pas une journée.
Combien de millimètres de colonne d'eau faut-il ?
ISO 811 définit l'essai, pas un seuil. Par convention, on parle d'imperméabilité au-delà de 1 000 mm, de bon niveau vers 5 000 mm, de haute performance vers 20 000 mm. Le chiffre ne vaut rien si les coutures ne sont pas thermosoudées.
Ma veste imperméable prend l'eau, est-elle morte ?
Le plus souvent non. Si le tissu extérieur s'assombrit et absorbe, c'est le déperlant qui a lâché : lavez, séchez à chaleur douce, refaites le test de la goutte. Si l'eau entre le long d'une couture d'épaule, là c'est la construction.
Peut-on rendre une veste en coton ciré imperméable ?
Non. Recirer améliore beaucoup la déperlance, mais la cire ne crée pas de barrière continue et les coutures restent perforées. Une veste cirée reste une excellente veste de temps humide, pas un imperméable.
Les déperlants sans PFC protègent-ils moins bien ?
Au premier jour, la performance est comparable. La différence se joue dans la durée : ils s'usent plus vite et supportent mal les corps gras.
Passez retourner une manche avec nous
Aucune fiche produit ne remplace le geste de retourner une manche et de regarder l'envers des coutures d'épaule. Venez comparer une Fieldmaster cirée et une Romo à membrane côte à côte : la différence de promesse devient évidente en une minute, la main sur le tissu. Nous sommes au 18 rue des Cordeliers à Pau, au 05 40 03 60 97.
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