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La Chelsea boot : histoire victorienne, usage moderne

9 min de lecture Par L'Industrie

La Chelsea boot : histoire victorienne, usage moderne

Une Chelsea qui s'enfile du premier coup en cabine finit presque toujours par bâiller. Six mois plus tard le pied bouge, le talon décolle, et le cuir est encore neuf. Cette botte tient par deux morceaux de caoutchouc qui vieillissent trois fois plus vite que le reste. Ce guide part de là.

Ce que l'histoire établit, et ce qu'elle n'établit pas

Sparkes Hall, bottier de la reine Victoria

L'invention de la botte à soufflets élastiques est attribuée à Joseph Sparkes Hall, bottier de la reine Victoria. Il la vendait sous le nom de J. Sparkes Hall's Patent Elastic Ankle Boots. La reine, écrivait-il, « marche dedans tous les jours et donne ainsi la meilleure preuve de la valeur qu'elle attache à cette invention ». La phrase est de lui : argument de vente victorien, pas témoignage. Ce qui est établi : le modèle devient à la mode à la fin des années 1840 et reste courant jusqu'à la Première Guerre mondiale.

1851, Goodyear, et une date que nous ne confirmons pas

On lit partout que le brevet date de 1851 et qu'il repose sur le caoutchouc vulcanisé de Charles Goodyear. La seconde moitié tient debout : Goodyear découvre la vulcanisation en 1839 et obtient son brevet américain en 1844, Thomas Hancock dépose l'équivalent britannique en 1843-1844. Sans caoutchouc vulcanisé, pas de soufflet qui reprenne sa forme. La première moitié résiste à la vérification : nous n'avons trouvé aucune source sérieuse datant le brevet de Sparkes Hall, et les encyclopédies de référence n'en donnent pas. Une autre version place l'invention en 1837 : elle précède la vulcanisation, donc elle ne tient pas.

D'où vient le nom « Chelsea »

Pendant un siècle personne n'appelle ce modèle une Chelsea. On dit botte à élastiques. Le nom arrive dans les années 1950 et 1960, avec la bande de King's Road — le Chelsea Set — et le Swinging London. On la voit aux pieds des Rolling Stones comme de Jean Shrimpton. Le quartier a donné son nom à la botte, pas l'inverse.

Les Beatles et la Beatle boot

En octobre 1961, John Lennon, George Harrison et Paul McCartney passent chez Anello & Davide, chausseur de théâtre à Londres, et commandent quatre paires à talon cubain. Le résultat prend le nom de Beatle boot : bout pointu, talon haut, couture centrale de la cheville à la pointe, côtés élastiques ou zippés. Ce n'est pas une Chelsea, c'est une variante. Quand on vous vend une Chelsea à talon plat en invoquant les Beatles, le raccourci est commercial.

Trois familles de Chelsea, trois usages

« Chelsea » ne décrit qu'une chose : deux soufflets élastiques, pas de laçage. Le reste varie.

Famille Silhouette Semelle courante Ce qu'elle encaisse Pour qui
Habillée Tige courte, bout affiné, soufflet étroit Cuir fin, gomme cousue Ville sèche, bureau Remplacer un derby
De travail Tige haute, bout rond, soufflet large, grosse tirette Gomme épaisse, crêpe Pluie, chantier, dix heures debout Celui qui marche vraiment
De mode Plateforme, semelle track Collée, moulée Une à deux saisons Celui qui achète une silhouette

Les deux références australiennes

La Chelsea de travail moderne vient d'Australie. Blundstone remonte à l'arrivée de John Blundstone à Hobart, en Tasmanie, le 14 octobre 1855 ; la société J. Blundstone & Son est formalisée en 1892, la production partie en Thaïlande et en Inde à partir de 2007. R.M. Williams ouvre son atelier d'Adélaïde en avril 1934 : sa tige est taillée dans une seule pièce de cuir, cousue à l'arrière. Nous ne distribuons ni l'une ni l'autre.

Les constructions : ce qui se ressemelle et ce qui ne se ressemelle pas

Construction Principe Ressemelage Au porter
Cousu Goodyear Trépointe cousue à la tige et à la première, semelle cousue à la trépointe Oui, plusieurs fois Rigide, épais, stable. Rodage réel
Cousu Blake Semelle cousue directement à la première, chaînette intérieure Oui, mais il faut une machine Blake Souple, léger, silhouette fine
Stitchdown Tige rabattue vers l'extérieur, cousue à plat sur la semelle Oui, en atelier équipé Plateforme large, appui stable
Collée Semelle encollée Possible, rarement rentable Légère, sans rodage, durée de vie bornée
Caoutchouc moulé Tige et semelle d'un bloc Non Étanche, sans entretien, sans respirabilité

Une confusion à lever : le cousu Goodyear ne doit pas son nom à l'inventeur de la vulcanisation mais à son fils, Charles Goodyear Jr. La machine revient à Auguste Destouy, 1862. Le cousu Blake porte le nom de Lyman Reed Blake, procédé mis au point en 1856. Pour la semelle, voir semelle crêpe, gomme ou cuir.

L'élastique, la tirette, et la vraie durée de vie

Le soufflet est une bande tissée parcourue de fils de caoutchouc, cousue entre les deux quartiers de la tige. Chaque enfilage l'étire aux mêmes points. Chaque journée de port la chauffe et la charge en transpiration. Les fils cassent un à un, sans bruit.

Voilà ce que peu de vendeurs disent : l'élastique est la pièce d'usure de la Chelsea, et c'est la seule qu'on ne remplace presque jamais. Le changer suppose de découdre les quartiers, poser un soufflet neuf, recoudre, remonter. Techniquement ça se fait. Économiquement, presque personne ne le propose, et quand un atelier accepte, le devis approche le prix d'une paire neuve d'entrée de gamme. Résultat : la durée de vie d'une Chelsea est celle de son élastique, pas celle de son cuir. Nous voyons passer des paires au cuir impeccable, ressemelables deux fois encore, dont le soufflet est mort.

On ne peut pas l'empêcher, on peut le retarder. Ne tirez jamais sur le soufflet pour vous déchausser. Enfilez par la tirette. Ne séchez jamais la paire contre un radiateur : la chaleur cuit le caoutchouc. Alterner deux paires double la vie du soufflet.

À quoi sert la tirette arrière

C'est la boucle cousue au col arrière. Elle donne un point de traction qui n'est pas l'élastique. Sur une Chelsea de travail elle est large, doublée, rivetée, parfois doublée d'une seconde tirette à l'avant. Sur une Chelsea habillée elle est fine, parfois absente : plus élégante, et plus pénible, parce qu'on finit par tirer sur le col et donc sur les coutures du soufflet. Pour le reste, le rituel est celui d'une chaussure lacée, décrit dans entretenir ses chaussures en cuir. Ne chargez jamais le soufflet en crème : les corps gras attaquent le caoutchouc.

L'essayage : on juge au coup de pied, pas au talon

Une Chelsea n'a aucun réglage. Le maintien vient de deux endroits : le coup de pied et le soufflet. Le second se détend. Reste le premier.

Le conseil qu'on répète toute la journée : une paire qui s'enfile facilement le premier jour sera trop grande le troisième. Sur une Chelsea neuve, l'entrée doit résister : un appui sur la tirette, un peu de main, le pied qui passe d'un coup sec. Si le pied glisse sans rien forcer, c'est déjà trop grand.

Le talon, lui, ment. Un léger décollement sur une paire neuve à semelle rigide est normal : la semelle ne s'est pas pliée, le contrefort ne s'est pas moulé. Ça se corrige au rodage.

  • Essayez en fin de journée, avec les chaussettes que vous porterez.
  • Marchez deux minutes : le soufflet se juge en mouvement, pas debout.
  • Entre deux pointures, prenez la plus petite si le coup de pied passe.

Ce qu'on a en rayon, et ce qu'on n'a pas

Autant le dire : aucune Chelsea habillée en cuir, cousue Goodyear ou Blake, dans nos rayons aujourd'hui. Nos chaussures Pellet sont des mocassins et des derbies. Ce qui reste relève des deux autres registres.

Côté travail, la Danner Bull Run Chelsea 6 noire et la Bull Run Chelsea 6 brown wedge. Cuir pleine fleur huilé, montage stitchdown, bas de chaussure assemblé à la main à Portland, en Oregon, composants importés. Danner les annonce éligibles à son programme de remise en état, pièces et recouture comprises. Le reste de la gamme est dans notre guide Danner.

Côté pluie, la Hunter Original Chelsea et la Hunter Chelsea Commando, en caoutchouc. Hunter descend de la North British Rubber Company, fondée en 1856. Étanche, confortable tout de suite — et rien qui se ressemelle ni se répare. Chaussure de saison humide, pas un investissement.

Notre arbitrage : pour une seule paire portée du lundi au dimanche, prenez la Bull Run Chelsea en brown wedge. Elle passe avec un jean brut, un chino ou un pantalon de laine, et tiendra plusieurs hivers. Pour la pluie, la Hunter suffit. Pour une Chelsea de ville en cuir fin, attendez plutôt que d'acheter du collé.

Questions fréquentes

Une Chelsea se porte-t-elle avec un costume ?

Avec un costume souple, oui, si la botte est fine, en cuir lisse noir ou brun foncé, et si le bas de pantalon couvre le haut du soufflet. Avec un costume formel, un derby reste plus juste. Jamais avec une Chelsea de travail.

Un élastique détendu peut-il se réparer ?

Pas vraiment. Remplacer le soufflet suppose de découdre les quartiers et de remonter la tige, ce que très peu d'ateliers proposent. Quand c'est possible, le devis approche le prix d'une paire neuve. C'est le soufflet qui décide de la fin de vie de la botte.

Quelle pointure prendre par rapport à mes derbies ?

En général la même, mais la règle ne remplace pas l'essai. Les Chelsea de travail chaussent plus large que les modèles habillés. Fiez-vous à la pression sur le coup de pied, pas à la longueur.

Comment enfiler une Chelsea sans abîmer les soufflets ?

Tirez sur la tirette arrière, jamais sur le caoutchouc, et poussez le pied d'un mouvement franc plutôt que par petits coups. Pour vous déchausser, retenez le talon avec l'autre pied et sortez le pied vers le haut. Un chausse-pied long aide.

Le daim tient-il sous la pluie ?

Mal, et surtout mal dans la durée. Une averse ne détruit pas un daim imperméabilisé, mais l'exposition répétée le tasse et le tache. Pour la pluie, prenez du cuir huilé ou du caoutchouc.

Venir les essayer à Pau

Une Chelsea ne s'achète pas de loin. Il faut sentir la résistance à l'entrée, marcher deux minutes, regarder ce que fait le talon au troisième pas. Aucune fiche produit ne donne ça. Nous avons les Danner et les Hunter en rayon. Passez au 18 rue des Cordeliers, à Pau, ou appelez-nous au 05 40 03 60 97 pour qu'on sorte une pointure avant votre venue.

Le reste de nos modèles se trouve dans la collection Chaussures. Livraison : Point relais Chronopost 4,90 €, offert dès 100 € ; Colissimo 7,90 €, offert dès 150 € ; retrait gratuit en boutique ; expédition sous 24 h ouvrées ; retours sous 30 jours, frais à la charge du client.