Chaussures

Hunter : la botte en caoutchouc depuis 1856

9 min de lecture Par L'Industrie

Hunter : la botte en caoutchouc depuis 1856

Une botte en caoutchouc paraît simple. Puis vous cherchez où elle est fabriquée et vous ne trouvez rien. Puis elle ressort du placard voilée de blanc. Voici ce que nous avons vérifié, et ce que nous n'avons pas pu.

1856 : une usine écossaise fondée par deux Américains

La maison naît à Édimbourg début janvier 1856, sous le nom de Norris & Co., à Castle Mill (Fountainbridge). Les fondateurs sont deux Américains : Henry Lee Norris, de Jersey City, et Spencer Thomas Parmelee, de New Haven. La société est enregistrée en septembre 1857 sous le nom de North British Rubber Company, qui deviendra Hunter Boot Ltd.

La marque résume aujourd'hui l'affaire ainsi : « Founded in Scotland in 1856, by Henry Lee Norris ». Exact, mais court : Parmelee a disparu du récit, et la nationalité américaine des deux hommes avec lui. On y fabriquait d'abord du caoutchouc industriel ; les bottes ont pris le dessus parce qu'elles se vendaient mieux.

Les tranchées, et un chiffre qu'on recopie

Pendant la Première Guerre mondiale, le War Office commande à la North British Rubber Company une botte capable de tenir dans des tranchées inondées. Les ateliers tournent jour et nuit. Le chiffre qui circule partout est de 1 185 036 paires.

Il est repris par Wikipédia, par la marque et par tous les textes sur le sujet, mais nous n'avons pas trouvé le document qui l'établit. Nous le donnons pour un chiffre traditionnel, pas pour un fait sourcé.

1955 ou 1956 : la botte verte, puis les Royal Warrants

La date est floue

La botte verte, aujourd'hui appelée Original Tall, apparaît au milieu des années 1950. Wikipédia donne l'hiver 1955 pour la première fabrication ; la marque imprime « since 1956 » sur ses fiches produit. Un décalage entre production et lancement expliquerait l'écart, mais aucune source ne le dit. La botte verte n'a pas 170 ans, l'entreprise oui.

Les Royal Warrants ne sont plus d'actualité

Hunter a reçu un Royal Warrant du duc d'Édimbourg en 1976, un second de la reine en 1986. Un Royal Warrant n'est pas acquis : accordé par une personne, il devient caduc à sa mort. Le duc est mort en 2021, Élisabeth II en 2022, et la page institutionnelle actuelle de la marque n'en mentionne plus aucun. L'argument « fournisseur de la Couronne » a expiré.

2006, 2023 : ce que l'héritage écossais ne dit plus

L'entreprise a changé de mains sans arrêt : Uniroyal en 1966, Gates Rubber en 1986, le groupe Tomkins en 1996, un rachat par les cadres en 2004. En juin 2006, faillite — administration judiciaire, dette nette de 2,03 M£. Un consortium mené par Lord Marland, soutenu par le groupe Pentland, reprend l'affaire : Hunter Boot Ltd naît de là. Le siège quitte l'usine de Dumfries pour Édimbourg en 2008 ; Searchlight Capital prend le contrôle en 2012. En juin 2023, nouvelle administration judiciaire, 112,8 M£ dus aux créanciers. La marque a survécu ; l'entreprise britannique, non.

Où sont fabriquées les bottes aujourd'hui

C'est la question centrale et la marque n'y répond pas. Nous avons lu sa page institutionnelle, sa fiche de l'Original Tall homme et son pied de page : aucune mention d'un pays de fabrication. Wikipédia indique la Chine pour les bottes vertes ; c'est la source la plus explicite que nous ayons trouvée, et elle est isolée. Ce que nous affirmons sans réserve : Dumfries n'est plus le lieu de production, et le site marchand de la marque est exploité depuis le Connecticut, aux États-Unis.

Le récit est écossais, la fabrication ne l'est plus depuis des années, et la marque ne le dit nulle part. Ce n'est pas un scandale : presque toute l'industrie fait pareil. C'est une information que vous êtes en droit d'avoir avant d'acheter un objet vendu sur son ancienneté. Sur la qualité après les rachats, des acheteurs de longue date affirment que la botte n'est plus la même ; nous n'avons trouvé aucun test sérieux qui tranche, et nous n'en ferons pas un fait.

28 pièces, trois jours : la construction

Ici la marque est précise, et nous pouvons la citer. Sa fiche de l'Original Tall homme annonce une botte « handcrafted from 28 individual parts of natural rubber, assembled over three days », chaque pièce découpée à la main sur un patron puis assemblée sur une forme en aluminium propre à Hunter. Revendication d'atelier, invérifiable de l'extérieur.

Le principe est celui du caoutchouc naturel vulcanisé, procédé qui remonte à Goodyear, 1839 : chauffé avec du soufre, le caoutchouc voit se former des ponts entre ses chaînes de polymère ; il cesse d'être mou et collant, et devient stable. Une botte construite ainsi est étanche par nature, sans couture à traverser ni membrane à décoller. C'est sa vraie supériorité sur une chaussure à membrane — voir imperméable, déperlant, étanche.

Les limites sont réelles. Le caoutchouc ne respire pas : le pied transpire, l'humidité reste dedans. Il craint l'ozone, les UV et les solvants, et durcit au froid. Vingt-huit pièces assemblées à la main, ce sont enfin autant de raccords susceptibles de lâcher, en général au pli de cheville.

Le blooming : ce dépôt blanc n'est pas de la moisissure

Vous ressortez la botte en octobre, elle est voilée de blanc. Ce n'est ni de la moisissure ni un défaut. On incorpore aux mélanges de caoutchouc des cires hydrocarbonées — paraffine, cire microcristalline — dont le rôle est de migrer vers la surface pour former une barrière contre l'ozone. Le voile blanc, c'est cette protection qui remonte, en général après un stockage long au sec et au froid.

Traitement : chiffon humide, on essuie, on laisse sécher à l'air. Si le noir reste terne, un soin caoutchouc rend la profondeur. À ne jamais faire : solvant, alcool, acétone, graisse à cuir, cirage — vous dissoudriez la couche protectrice. Le blooming reviendra, c'est normal. Stockez debout, à l'abri du soleil, loin d'un radiateur.

Ce que nous avons en boutique

Précision : nous n'avons pas l'Original Tall. Notre sélection Hunter tient en deux boots Chelsea et trois vestes imperméables. À Pau, la botte haute sert dix jours par an ; la Chelsea en caoutchouc sert tout l'hiver.

Modèle Ce que ça change Disponible
Original Chelsea Boot Semelle crantée, silhouette basse Chocolate Brown, Black — 40,5 à 45,5
Chelsea Commando Boot Semelle Commando haute, crampons profonds Biscuit / Chocolate — 40,5 à 45,5
Izzi Veste imperméable légère, se compacte 6 coloris, XS à XXL
Andrea Même protection, coupe plus longue 5 coloris, XS à XXL
Jo Veste imperméable, palette franche 5 coloris, S à XXL

Laquelle prendre ? L'Original Chelsea si c'est votre première botte en caoutchouc et que vous la portez en ville : plus basse, plus sobre, elle passe sous un pantalon sans se signaler. La Commando si vous marchez sur terrain gras. Sur les semelles, voir semelle crêpe, gomme ou cuir ; sur l'origine du modèle, la Chelsea boot.

Le mollet, la chaussette, la pointure

Le conseil que nous répétons dix fois par semaine en cabine : une botte en caoutchouc s'essaie avec la chaussette d'hiver, celle que vous porterez vraiment dedans. Pas le coton fin du jour d'essayage. Une botte juste bien sur une chaussette fine devient serrée dès la première laine épaisse, et le caoutchouc ne se détend pas comme le cuir : pas du tout. Venez avec vos chaussettes, ou essayez avec une paire épaisse que nous vous prêtons — voir chaussettes : coton, laine, mérinos.

Deuxième point, la vraie contrainte sur les modèles hauts : le mollet compte plus que le pied. La tige est moulée, sa circonférence est fixe et ne bouge presque pas d'une pointure à l'autre. Les mesures publiées par Hunter pour l'homme :

Taille EU UK Longueur intérieure Tour de mollet (botte haute)
40 / 41 7 26,7 cm 39,1 cm
42 8 27,4 cm 40,3 cm
43 9 28,4 cm 41,1 cm
44 10 29,2 cm 41,7 cm
45 / 46 11 30,0 cm 41,9 cm

Moins de trois centimètres de tour de mollet gagnés sur cinq pointures. Monter d'une taille pour faire passer un mollet fort ne marche donc pas : vous nagez dans le pied et vous serrez toujours en haut. À signaler : la fiche de l'Original Tall homme annonce 44,2 cm de tour de mollet, quand le guide des tailles de la même marque en donne 41,7 pour la pointure équivalente. Les deux chiffres viennent de Hunter. La règle sûre : mesurez votre mollet au plus large et essayez. Sur nos Chelsea, la contrainte disparaît. Pour la pointure, Hunter recommande la taille habituelle, et celle au-dessus en demi-pointure.

Questions fréquentes

Les Hunter sont-elles encore fabriquées en Écosse ?

Non. Dumfries n'est plus le lieu de production et la marque ne publie aucun pays de fabrication. Wikipédia indique la Chine, mais c'est une source isolée. La seule certitude : la production a quitté le Royaume-Uni depuis des années.

Le voile blanc sur mes bottes, c'est grave ?

Non, c'est le blooming. Des cires incorporées au caoutchouc migrent vers la surface pour le protéger de l'ozone. Un chiffon humide l'enlève, un soin caoutchouc rend la profondeur de couleur. Il reviendra, c'est normal.

Faut-il prendre une pointure au-dessus ?

Non, sauf en demi-pointure : Hunter conseille alors la taille au-dessus. La botte est déjà calculée pour une chaussette épaisse. Surdimensionner fait glisser le talon et use la doublure au contrefort.

Hunter a-t-elle toujours un Royal Warrant ?

Elle en a eu deux, en 1976 et 1986, du duc d'Édimbourg puis de la reine. Les deux concédants sont morts, en 2021 et 2022, et un Royal Warrant tombe avec celui qui l'a accordé. La marque ne les affiche plus.

Peut-on porter des bottes en caoutchouc toute la journée ?

Sur une journée de marche continue, non : le caoutchouc ne respire pas et le pied macère. Une chaussette en laine change beaucoup de choses sans faire de miracle. Pour un usage quotidien, une Chelsea basse est plus tenable qu'une botte haute.

Venez les essayer à Pau

Le mollet, la chaussette d'hiver, la hauteur de tige sur votre jambe : trois points qui ne se règlent pas sur une fiche produit. Nous avons les deux Chelsea en boutique et des chaussettes épaisses pour l'essayage. Dix minutes debout, en marchant : c'est ce qui évite de renvoyer un colis.

Industrie, 18 rue des Cordeliers à Pau. Téléphone : 05 40 03 60 97.

La sélection complète : collection Hunter. Livraison : Point relais Chronopost 4,90 €, offert dès 100 € ; Colissimo 7,90 €, offert dès 150 € ; retrait gratuit en boutique ; expédition sous 24 h ouvrées ; retours sous 30 jours, frais à la charge du client.