La chemise en flanelle : origine, poids, carreaux
La chemise en flanelle : origine, poids, carreaux
Vous achetez une chemise à carreaux en octobre. Elle est douce en cabine. En février, elle est couverte de petites boules grises aux coudes et là où la bandoulière frotte. Ce n'est pas une question de prix mais de grammage et de fil — et le mot « flanelle » sur l'étiquette ne dit rien là-dessus.
La flanelle est un apprêt, pas une armure
La flanelle n'est pas un tissage. Le tissage, c'est l'armure — toile, sergé, satin —, et une flanelle est le plus souvent un sergé. Ce qui en fait une flanelle vient après le métier : le grattage.
Le grattage
Le tissu passe sur des rouleaux garnis de fines pointes métalliques qui tirent des fibres hors des fils et lèvent un duvet. Ce duvet emprisonne de l'air : c'est lui qui donne la douceur et la chaleur, pas l'épaisseur du fil. Il masque aussi l'armure, d'où l'impression d'un tissu à part.
Conséquence directe : on peut gratter du coton, de la laine, un mélange. « Flanelle de coton » et « flanelle de laine » ne sont pas des abus de langage : deux matières distinctes, le même traitement. Quelques flanelles ne sont d'ailleurs pas grattées du tout — elles tirent leur main d'un fil très peu tordu — mais c'est marginal.
Une face ou deux
Le grattage se fait sur une face ou sur les deux. À grammage égal, une double face est plus douce et plus chaude. Filson décrit son Alaskan Guide comme un sergé de coton de 8 oz gratté deux faces.
Mais sur un tissu léger, c'est la recette d'une chemise qui bouloche en une saison : on a arraché des fibres des deux côtés d'un tissu qui n'en avait pas à revendre.
Gwlanen : un mot probablement gallois
Le mot anglais flannel est attesté vers 1300 sous la forme flaunneol. On le rattache généralement au gallois gwlanen, « étoffe de laine », issu de gwlân, « laine ». L'Oxford English Dictionary reste prudent : la flanelle étant au XVIe siècle une production galloise connue, une origine galloise du mot semble vraisemblable.
Prudent, parce que ce n'est pas tranché : d'autres proposent un diminutif anglo-normand de l'ancien français flaine, une laine grossière. Ce qui est sûr : le français flanelle est un emprunt à l'anglais, au XVIIe siècle.
Vous lirez aussi que Fox Brothers a inventé la flanelle en 1803, dans le Somerset. La maison a beaucoup fait pour la flanelle de laine anglaise, mais le mot et l'étoffe sont documentés deux siècles plus tôt.
Coton ou laine : deux vêtements sous un seul mot
La flanelle de laine est la plus ancienne. Historiquement en laine cardée, c'est le tissu du pantalon de flanelle grise et du costume d'hiver. Chaude à poids modeste, elle se froisse peu et ne se lave pas en machine.
La flanelle de coton est ce que presque tout le monde a en tête en disant « chemise en flanelle ». Lavable, moins chère, plus lourde à chaleur égale, elle bouloche plus facilement : le coton n'a pas l'élasticité de la laine pour ramener en place les fibres tirées.
La laine elle-même, nous l'avons décortiquée dans l'article sur les pulls.
Le grammage, la donnée qui décide de tout
Peu de marques publient le grammage d'une chemise. Dommage : c'est la seule donnée qui prédit sérieusement son comportement. Il se mesure en g/m² en Europe, en onces par yard carré aux États-Unis, une once valant environ 34 g/m². Les seuils ci-dessous sont indicatifs, normalisés nulle part.
| Grammage | Équivalent | Comportement | Usage |
|---|---|---|---|
| 130 à 170 g/m² | env. 4 à 5 oz | Souple, se froisse | Mi-saison, sous une veste |
| 170 à 220 g/m² | env. 5 à 6,5 oz | Le standard de la chemise à carreaux | D'octobre à mars |
| 220 à 280 g/m² | env. 6,5 à 8 oz | Se tient seule | Hiver, ouverte sur un t-shirt |
| 280 g/m² et plus | 8 oz et plus | Ce n'est plus une chemise | Par-dessus un pull, en guise de veste |
L'Alaskan Guide de Filson, repère américain classique, est annoncé en 8 oz, soit environ 270 g/m². Au-delà, on quitte la chemise pour la surchemise, traitée dans cet article.
Pourquoi une flanelle bon marché bouloche
« Flanelle » ne dit rien de la qualité : le mot décrit un grattage, rien d'autre. Une flanelle légère, tissée lâche et grattée agressivement pour compenser bouloche en une saison, quel que soit le prix affiché.
Le mécanisme tient en trois temps : des fibres libres migrent en surface, le frottement les enroule en boulettes, et ces boulettes restent accrochées. Ce qui l'accélère :
- Des fibres courtes. Elles laissent beaucoup d'extrémités libres ; une fibre longue, peignée, en laisse peu.
- Un fil peu tordu. Plus doux au toucher, mais les fibres s'échappent plus facilement.
- Un tissage lâche. Moins de fils au centimètre, moins de maintien.
- Un grattage poussé. Sur un tissu dense, aucun problème ; sur un tissu maigre, c'est un prélèvement sur le capital.
Une flanelle chère mal construite bouloche aussi : le prix paie parfois la marque ou la confection, pas le fil. Nous regardons le grammage quand il est annoncé, et la densité du tissage en tendant le tissu devant une lumière.
Le vocabulaire des carreaux
Autre confusion, quotidienne en cabine : flanelle et carreaux ne sont pas la même chose. La flanelle est une finition, le carreau un motif. Une flanelle peut être unie ; un carreau peut être imprimé sur un tissu qui n'a jamais vu de brosse.
| Nom | Ce que c'est réellement | Le détail qui compte |
|---|---|---|
| Tartan | Motif tissé, souvent en sergé 2/2, dont la séquence de fils symétrique s'appelle le sett | Un tartan écossais authentifié a un sett enregistré. Le Scottish Register of Tartans, créé par une loi du Parlement écossais de 2008, a ouvert le 5 février 2009 ; il est tenu par les National Records of Scotland. Sans sett enregistré, c'est un motif décoratif. |
| Buffalo check | Grands carreaux à deux couleurs alternées, classiquement rouge et noir | Woolrich date sa chemise buffalo de 1850. L'histoire du dessinateur propriétaire d'un troupeau de bisons est donnée comme une légende par la marque elle-même. Une autre version le fait venir d'un tartan écossais. Rien n'est établi. |
| Gingham (vichy) | Armure toile, fils teints avant tissage, petits carreaux réguliers d'une couleur et de blanc | Jamais gratté : un vichy n'est jamais une flanelle. Étymologie discutée — on cite le malais genggang ou la ville de Guingamp, sans certitude. |
| Madras | Coton léger, teint à la main, tissé dans la région de Chennai, l'ancienne Madras | L'opposé d'une flanelle : léger, aéré, estival. Le « bleeding madras » vient d'un lot vendu sans notice d'entretien par Brooks Brothers à la fin des années 1950 — défaut que le publicitaire David Ogilvy a retourné en argument. |
| Glen check (prince-de-galles) | Alternance de petits et de grands carreaux, en laine à l'origine | Du domaine de Glenurquhart, Inverness-shire, vers 1840. Écossais malgré son nom : rien de gallois. |
Reconnaître un vrai tartan
Il est tissé, pas imprimé. Le sett se croise à l'identique en chaîne et en trame : deux couleurs superposées en donnent une troisième. Un imprimé n'a pas ces demi-teintes — c'est le test le plus rapide en boutique. Et l'idée d'un tartan propre à chaque clan est largement une construction du XIXe siècle.
Ce qu'on a en boutique, et comment on l'essaie
Chez nous, la flanelle couvre tout le spectre. Léger : Brixton Bowery Flannel et Waylon Lightweight Overshirt. Dense : Forêt River Flannel Shirt et Filson Field Flannel. Lourd : Bowery Heavy Weight, Builders Bowery STR WR traitée déperlante, Danner Cedar Mill Co-op Shirt en Earth Plaid ou Expresso Plaid, et la Filson Insulated Flannel Jac-Shirt, franchement une veste.
Deux pièces valent la démonstration : la Iron and Resin Buffalo Shirt rouge et la Wrangler 1-Pocket Navy Gingham, qui n'est pas une flanelle. Côte à côte, la différence entre motif et finition saute aux yeux. Pour ceux que les carreaux fatiguent, il reste l'uni en coton épais, comme la Daytona73 Burns.
Le conseil de cabine
Le lavage initial. Une flanelle de coton bouge surtout au premier lavage : elle rétrécit un peu et le duvet se tasse. Si vous hésitez entre deux tailles sur la longueur de manche, ne tranchez pas en cabine — lavez d'abord. Les étiquettes se contredisent entre 30 et 40° ; la règle sûre est 30°, sur l'envers, essorage modéré, seule la première fois si les carreaux sont vifs. Pas d'adoucissant, et surtout pas de sèche-linge chaud : les bouloches se fabriquent là, dans le frottement à sec.
Le col. Boutonnez-le jusqu'en haut à l'essayage, même si vous ne le porterez jamais fermé. Une flanelle a un col souple, peu ou pas entoilé ; s'il s'écrase déjà en cabine, il s'écrasera sous une veste, et trois lavages n'y changeront rien. Si vous cherchez un col qui tient seul, la réponse est le button-down : voir l'article sur l'oxford. Levez aussi les bras devant le miroir — la flanelle épaisse ne s'étire pas, une emmanchure trop basse vous bloque.
Questions fréquentes
Flanelle et carreaux, est-ce la même chose ?
Non. La flanelle est une finition, obtenue en grattant le tissu pour lever un duvet ; le carreau est un motif. Une flanelle unie existe, un tissu à carreaux non gratté aussi — le vichy, par exemple.
Peut-on laver une chemise en flanelle en machine ?
Une flanelle de coton, oui : 30°, sur l'envers, essorage modéré. Une flanelle de laine, non — nettoyage à sec ou lavage à la main à froid. Évitez dans les deux cas le sèche-linge chaud.
Comment repérer une flanelle qui va boulocher ?
Regardez le grammage s'il est annoncé : sous 200 g/m² pour une chemise vendue comme hivernale, méfiance. Tendez le tissu devant une lumière ; beaucoup de jour entre les fils signale un tissage lâche. Frottez enfin le duvet dix secondes entre deux doigts — s'il roule déjà, la suite est écrite.
Quelle différence entre tartan et plaid ?
Le tartan est un motif tissé, défini par sa séquence de fils, le sett. Plaid désignait en gaélique écossais une couverture, avant de devenir en anglais américain un mot générique pour « carreaux ». Tout tartan est un plaid au sens américain ; l'inverse est faux.
Faut-il prendre sa taille habituelle en flanelle ?
Elles sont souvent coupées large, parce qu'elles sont pensées pour se porter sur une autre couche. Seule sur un t-shirt, votre taille habituelle suffit. Avec un pull dessous, tenez compte de son épaisseur réelle plutôt que de monter d'une taille par réflexe.
Venir l'essayer à Pau
Une flanelle se juge à la main et au poids, pas sur une photo. Deux chemises annoncées « flanelle » peuvent avoir cent grammes d'écart au mètre carré, et cet écart change tout : tenue du col, chaleur, durée de vie. Passez, prenez-en trois, comparez-les l'une contre l'autre — c'est réglé en cinq minutes. Nous sommes au 18 rue des Cordeliers à Pau, 05 40 03 60 97.
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